Qi, Taiji, Wu Xing

Qi, Taiji, Wu Xing

Pour comprendre le BaZi et particulièrement pour le pratiquer, il faut connaitre un minimum ce qui soutient ses théories. Nul besoin à mon avis d’être un érudit sinophile – même si je comprends que ces derniers doivent trouver dommage que nous n’ayons pas plus de connaissance sur le sujet. Il faut comprendre quelques notions importantes de la culture chinoise car sans elles nous passerons à côté de la pratique véritable du BaZi.

Comme je l’ai écrit dans une des pages du site, la question n’est pas de faire exactement “comme” des chinois, mais de faire “avec” ce que les chinois anciens nous ont transmis, en en comprenant les fondements universels.

Ce qui suit n’est donc en aucun cas exhaustif. Je ne suis pas chinois ni taoïste, je vais simplement vous exposer ce qui, à mon humble avis, me parait utile pour la pratique de cet art, ni plus ni moins. Je vais vous expliquer ce que j’ai compris, ce que j’utilise et ce qui fonctionne pour moi.

Nous avons beaucoup de moyens à notre disposition pour en savoir plus si nous le désirons. Il y a un grand nombre d’ouvrages qui expliquent très bien les fondements de la culture et de la philosophie taoïste et vous trouverez facilement quantité d’informations et d’enseignements si vous voulez parfaire vos connaissances dans ce domaine. Ce n’est pas l’objectif de cet article. Ce à quoi je tiens c’est d’essayer de vous faire connaitre ce qui, à mon avis, dans cette culture chinoise il est important de comprendre pour pratiquer avec les 8 mots.

Le Qi

La première notion importante est celle du Qi (prononcer Tchi ou Chi).

Le Qi c’est l’énergie primordiale. Nous sommes maintenant plutôt habitués à utiliser ce terme d’énergie pour décrire les phénomènes, et pas seulement pour évoquer l’électricité qui fait fonctionner notre grille-pain ou notre radiateur. Littéralement, en chinois Qi veut dire “souffle” ou “vapeur”. Depuis les travaux d’Einstein et son équation E=Mc2, nous savons que tout est énergie, que celle-ci est à l’origine même de la matière au niveau subatomique. Les anciens n’ont pas attendu les scientifiques du XXe siècle, ils nous ont enseigné, il y a plusieurs millénaires, que toute manifestation, tout ce qu’il est possible d’expérimenter, est énergie.

Le Qi, l’énergie primordiale, est ce qui nous anime, c’est ce qui fait tourner les planètes autour de leur étoile et c’est ce qui est l’énergie de l’étoile. C’est le vent, l’électricité, l’influx nerveux de notre corps. Le Qi c’est ce qui nous permet de penser, d’agir, de réagir, d’interagir, de nous mouvoir.

Il faut bien saisir et garder à l’esprit que le Qi est un mouvement, c’est un flux et en aucun cas un phénomène statique qui attend de servir à quelque chose. Ce n’est pas une “réserve”. Le Qi c’est le temps qui passe, c’est ce qui fait que la vie est possible et que tout se manifeste. Le Qi est une dynamique, le Qi EST ce que nous appelons la Vie.

Une autre notion qui me parait très importante tient dans le fait que c’est une vision qui n’est pas linéaire, contrairement à la nôtre. La culture occidentale nous a éduqué à voir un début et une fin en toute manifestation. Dieu créa la Terre et le Ciel et au crépuscule du temps il nous jugera… L’approche chinoise, celle du BaZi, est circulaire. Il n’y a ni origine ni fin, tout simplement parce que les concepts d’origine et de fin n’ont pas lieu d’être dans cette vision, ils deviennent illogiques en quelque sorte.

Qui dit circulaire, veut dire cycles. Comme la dynamique du Qi est circulaire, on peut, dans les différentes manifestations dont elle est la source, observer des cycles. Les phénomènes se meuvent, évoluent, se transforment et changent d’état, puis reviennent à la même position à laquelle ils se trouvaient à un moment donné. L’état originel ne peut exister, la situation finale non plus. Tout est flux, en perpétuel changement et tout fonctionne sous forme de cycles.

C’est ce mouvement et ces cycles que l’art métaphysique du BaZi nous propose d’observer et de comprendre.

Certes, il s’agit là d’un paradigme établi par des êtres humain et comme tout système il restera une approche théorique et imparfaite. Lorsque l’on tente de synthétiser la vérité absolue de la vie nous sommes forcément inexacts.

Il en va par exemple de notre notion du temps, le temps que l’on compte en année, en mois, en jour, en heure, en seconde… Tout cela n’est qu’une approche conventionnelle du mouvement indescriptible du monde qui est le nôtre.

Tout calendrier est approximatif. Pensez à notre année qui contient 365,25 jours et au fait que nous sommes obligés d’ajouter une journée, le 29 février tous les 4 ans pour corriger notre décompte imparfait. Savez-vous par exemple que l’année 1900 devait être bissextile mais qu’elle ne l’a pas été ? Il en fut de même de 1800. Tout simplement parce qu’une année fait plus précisément 365,25636 jours. Donc lorsque nous ajoutons un jour tous les 4 ans nous prenons cette fois ci un peu d’avance sur le cours du temps et nous devons parfois corriger à nouveau. 2000 était bissextile, mais je crois que 2100 ne le sera pas.

Ainsi, nos systèmes de pensée et de représentation du monde sont toujours approximatifs, mais nous en avons grand besoin pour exister et comprendre ce qui nous entoure. De tous temps, l’être humain a dressé des systèmes afin de se caler sur le flux du monde, ne serait-ce que pour se synchroniser avec le temps. On nous enseigne, à notre naissance, le système en cours d’application à l’endroit et à l’époque où nous vivons, ou alors, plus tard, nous choisissons d’adhérer au système de pensée et de représentation du monde qui nous parait le plus juste, ou le moins imparfait.

Le système chinois de représentation de l’Univers est assez simple et assez logique. Les chinois sont (ou étaient) un peuple d’agriculteurs, ce sont de vrais terriens. Leur sagesse est très concrète et pragmatique.

Je vous propose un jeu. Imaginons un instant que nous soyons l’un des premiers êtres humains sur terre. Ce premier homme observe la nature, son monde, et il réfléchit. Le monde dans lequel nous sommes semble être en mouvement permanent n’est-ce pas ? Tout se transforme sans cesse, rien n’est immuable ! Il y a bien “quelque chose” qui anime les choses, les êtres vivants mais aussi les arbres, les plantes, les nuages, les étoiles…

Notre Homo sapiens qui réfléchit se dit “je vais appeler ce mouvement, le Qi, l’énergie primordiale”.

Qu’est-ce que le QI ? Et bien c’est justement ce mouvement, cette animation en soi.

Et puis, au fur et à mesure, nos premiers êtres humains se disent que les phénomènes semblent se transformer à tous instants mais semblent aussi se répéter, reprendre la même forme qu’ils avaient quelques temps auparavant et ceci à partir de n’importe quel point d’observation ! Alors il doit y avoir un cycle qui se forme à partir de ce point d’observation.

On voit bien que la lumière du jour décroit, fait place à l’obscurité de la nuit, puis revient. On observe assez facilement que régulièrement le froid s’installe, la nature se fige, puis quelques temps après elle se réveille, les arbres s’animent, fleurissent, les plantes poussent et la chaleur revient, quelques fois fortement. Puis, vient une période où les phénomènes de la nature semblent se remettre en retrait, les feuilles tombes, les choses se séparent à nouveau et se concentrent à la fois. Enfin, le froid revient et c’est encore une fois le repos de la nature.

Notre être humain se dit qu’il peut représenter cela en 4 phases cycliques, il les appellera les 4 saisons. Ainsi il fait une observation simple de la nature qui l’entoure, à laquelle il est très proche car elle forme son monde, son environnement. Les jours sont de plus en plus longs, puis atteignent leur limite et raccourcissent. Il observe aussi le ciel de jour et le ciel de nuit, les étoiles, les phénomènes météorologiques et toutes ses observations il les mets en relations,

Tout est cycle donc. Oui, mais qu’est-ce que sont ces cycles ?

Et bien il s’emblerait que l’on puisse toujours définir deux pôles non ? La nuit et le jour, le haut et le bas, le chaud et le froid, le féminin et le masculin… L’un ne se définissant que par rapport à l’autre. Intéressant ! Notre premier être humain essaie de comprendre et pour ce faire il tente de dégager les fondamentaux de ses observations.

Cette vision de l’univers, avec un mouvement primordial et deux pôles interdépendants est très pragmatique voir simpliste. C’est justement parce qu’elle est très simple qu’elle est certainement plus adéquate pour représenter la réalité du monde manifeste que des systèmes plus complexes, plus cérébraux, ne peuvent l’être.

Lorsque j’ai un enfant ou un jeune adolescent en consultation, c’est avec ce genre de mots, simples, que je lui expose les principes sous-jacents à son thème BaZi que je m’apprête à lui commenter :

Il y a tout d’abord le Qi, l’énergie primordiale qui est en toutes choses et en chacun d’entre nous. Ce Qi est un flux, un mouvement, en perpétuel changement. Pour se mouvoir ce Qi ondule sous forme de cycle entre deux pôles, comme le serpent ondule sur le sable ou comme le cycle de notre marche se répète, un pied devant l’autre, gauche, droite, gauche, droite…

Le Taiji

Ces deux pôles, chacun d’entre nous les connaît déjà, il s’agit du Yin et du Yang. Tout le monde a déjà vu ce symbole : le Taiji. Mais révisons un peu !

La partie blanche sur la gauche (rouge traditionnellement) est le Yang.

La partie noire sur la droite est le Yin.

La première remarque qui vient à l’esprit c’est que le tout forme un disque, un cercle. C’est cette vision circulaire qui était évoquée plus haut. Le Yin et le Yang forment un cycle.

La seconde remarque que l’on fait facilement et habituellement c’est que les deux parties Yin et Yang s’imbriquent. Le cercle n’est pas divisé en son milieu par une ligne droite par exemple. Les deux formes s’accueillent mutuellement dans un jeu de cercles, elles ne sont pas opposées mais elles sont inversées. Cela symbolise que leur rapport est interdépendant, qu’il ne s’agit pas d’une simple dualité entre deux extrêmes mais que le Yin et le Yang sont par nature totalement connectés, de manière circulaire, de manière cyclique. Puis la remarque classique, mais qui a un sens profond, c’est qu’il y a au plus fort de chacun des pôles Yin et Yang, un cercle représentant l’autre polarité. Ce point noir dans le blanc en haut à gauche et ce point blanc dans la partie noire en bas à droite indiquent que la nature de chacun nait de la plénitude de l’autre. Là où le Yin est à son maximum, le Yang apparait. Là où le Yang est en plein, le Yin nait. Le Yang contient en lui-même la possibilité du Yin et vice et versa.

Construction du Taiji au compas

Le Yang, ce sont les énergies claires et légères qui montent et se dispersent. C’est la lumière, la légèreté, le jour, le haut, le chaud, c’est ce qui est en expansion, ce qui se déploie. C’est le principe masculin.

Le Yin, ce sont les énergies sombres et lourdes qui descendent et se concentrent. C’est l’obscurité, le lourd, la nuit, le bas, le froid, c’est ce qui se rassemble, ce qui est en concentration. C’est le principe féminin.

L’erreur grossière qu’il ne faut absolument pas faire, c’est de considérer le Yang comme positif ou fort et le Yin comme négatif ou faible en soi. Nous avons un besoin vital des deux ainsi que de l’équilibre entre les pôles. Par moment le Yang est fort, il est en “plein” et c’est naturel. A d’autres moment c’est le Yin qui est en plein et heureusement pour nous. La nuit est aussi utile que le jour, la concentration permet la dispersion, le froid tempère le chaud et vice et versa. Le Yin et le Yang sont totalement interdépendants et l’un ne va pas sans l’autre, l’un n’est pas meilleur que l’autre.

On peut s’amuser dans tous les phénomènes de la manifestation, à observer le jeu du Yin et du Yang. Les énergies se rassemblent, se concentrent, en bas, puis se déploient et deviennent aériennes. Puis à nouveau se concentrent et se rassemblent.

Le saut du petit chat illustre bien l’interaction entre les deux pôles.

Ainsi le mouvement du Qi “rebondit” entre le Yin et le Yang. On peut le représenter aussi, comme une courbe sinusoïdale qui oscille entre les deux pôles. De la plénitude d’un pôle nait le pôle opposé, celui-ci croit et atteint sa plénitude, et ainsi de suite.

On voit que le mouvement du Qi est une onde, c’est une vibration.

Si on reprend notre bon vieux Taiji, sa lecture se fait dans le sens des aiguilles d’une montre. Le Yang nait à partir du bas du cercle du Taiji, là où le Yin est en plénitude. Il croît, c’est ce qu’on appelle le Jeune Yang ou encore ce qu’on appelle l’Ancien Yin. Il arrive alors à maturation, en plein, en haut du cercle, c’est le Grand Yang, qui donne naissance au Yin. Puis le Yang décroît pendant que le Yin lui, augmente et devient le Jeune Yin, ou l’Ancien Yang. Enfin le Yin arrive en plénitude, le Grand Yin, en bas du cercle du Taiji. Puis le cycle se répète. C’est ce que le Taiji représente, le cycle de croissance et de décroissance du Yin et du Yang.

On pourrait représenter cela par deux courbes sinusoïdales qui s’entremêlent comme voici :

Ceci est un schéma en 2 dimensions, mais imaginez le en perspective. Deux ellipses qui s’entrecroisent, cela ne vous rappelle rien ?

Mais pour représenter cette interaction entre Yin et Yang par rapport au temps, de manière pratique, on le représente plus simplement comme la simple courbe comme nous l’avons déjà vu. Traditionnellement, la plus petite période pour un pôle, qu’il soit Yin ou Yang, est de deux heures. Le Yin, ou le Yang s’exprime, croît et arrive en plénitude 1 heure après. Puis il décroît et arrive en vide au bout de deux heures, laissant l’autre pôle apparaitre.

Dans cette approche chinoise du temps, 1 heure équivaut à 2 des nôtres. Une heure (chinoise), polarisée, commence, arrive à son paroxysme au bout d’une heure (pour nous), décroît et laisse à place à une autre heure (chinoise) d’une polarité opposée. Les chinois fonctionnent avec 12 heures et non 24.

Ce même principe vaut pour les années : une année est Yang, la suivante est Yin, puis celle d’après est Yang, et ainsi de suite.

Cela vaut aussi pour les mois ainsi que pour les jours. Il y a toujours alternance du Yin et du Yang, quel que soit l’angle de vue.

Ainsi nous avons le paradigme à l’origine de l’art du BaZi, et finalement à l’origine de toute la métaphysique chinoise. Une énergie primordiale, le QI, qui rebondit sans cesse entre deux pôles interdépendants, le Yin et le Yang.

Mais comment l’ensemble de la manifestation, notre monde, peut-il apparaitre à partir de ces principes vitaux du Qi et du Taiji ?

Les chinois nous proposent de pousser un peu plus loin, et toujours avec le pragmatisme et l’observation naturelle qui les caractérise.

les Wu Xing

Wu Xing est l’expression chinoise pour désigner les 5 mouvements, les 5 éléments.

Reprenons notre Yin et notre Yang, ou plutôt ce qu’on a appelé le Grand Yang et le Grand Yin.

Le Yang comme nous l’avons vu représente les énergies claires et légères, chaudes, qui montent et se dispersent. Quelle manifestation représente le plus justement toutes ces qualités ? Pour les anciens chinois, c’est le Feu.

Le Feu monte, il se disperse, il disperse d’ailleurs tout ce qu’il brule, il est la chaleur et n’a pas de masse. Le Feu est le principe du Yang, c’est le Grand Yang.

Le Yin ce sont les énergies obscure et lourdes, froides, qui descendent et se rassemblent. Quel élément peut représenter mieux ces qualités que l’Eau ? Le mouvement de l’Eau va toujours vers le bas, elle est froide et qu’est ce qui se mélange mieux que du liquide avec du liquide ? Qu’est ce qui, plus que l’Eau a la faculté intrinsèque de se rassembler, de se mélanger et se concentrer ? L’Eau est le principe du Yin, c’est le Grand Yin.

Avec ces deux mouvements du Qi, ces deux éléments Feu et Eau, on a déjà les principes de l’origine de la vie. Les astrophysiciens, lorsqu’ils recherchent dans l’univers des exo planètes, susceptibles d’abriter la vie, essaient de trouver des planètes qui peuvent contenir de l’Eau et qui sont situées dans un système à bonne distance de leur soleil de manière à ce que cette Eau soit liquide. Ils recherchent finalement une planète qui soit en bon équilibre entre le Yin (l’Eau) et le Yang (le Feu, le soleil).

Comme nous l’avons vu précédemment, le Yin et le Yang, l’Eau et le Feu, sont les deux pôles “extrêmes” d’un mouvement. Mais pour le dire très simplement, il se passe aussi quelque chose entre les deux. Il ne s’agit pas d’interrupteurs, Yin, Yang, Yin, Yang…

Le Yang, né du Yin, croît, monte et se déploie. Il pousse. Quel élément de la manifestation incarne le mieux cette faculté de croître et de pousser ? Quel élément nait de l’Eau et peut produire du Feu ? C’est le Bois qui dans cette vision du monde symbolisme le mieux le mouvement du Qi qui s’opère entre le Yin, en bas (l’Eau) et le Yang, en haut (le Feu).

Ainsi l’élément Bois représente le mouvement du Yang, il est le Jeune Yang, ou l’Ancien Yin. A partir de ce qui est concentré, le principe du Yin, la manifestation peut se déployer et croît en une dynamique ascendante, vers le Yang. C’est l’élément Bois.

Du Grand Yang, le Yang dans sa plénitude, nait le Yin. Les phénomènes ayant atteint leur point culminant, leur état le plus dispersé, ne peuvent que se rassembler dans un mouvement descendant, en se concentrant à nouveau, vers le Yin.

C’est un mouvement un peu plus difficile à appréhender.

Ici il nous faut parler de l’élément Terre. La Terre est centrale, elle représente le principe de solidification, elle est le socle de toute vie. C’est un élément un peu à part, qui contient tous les autre dans le sens où elle est la base de la manifestation. Lorsque le Qi est en plénitude de Yang, tout en haut, complètement dispersé, il faut qu’il se reconnecte au principe de l’élément Terre. Nous avons ici un concept important de la métaphysique chinoise. C’est la trinité Ciel, Terre, Homme. Le Feu dans ce cas représente le Ciel. Le Ciel, pour s’ancrer descend vers la Terre qui en soi représente l’incarnation. L’être humain apparait ainsi, vivant entre le Ciel et la Terre, ou plus précisément, sur la Terre et dans le Ciel. C’est la trinité chinoise et cela dépasse un peu le cadre de cet article. J’y reviendrai certainement dans un article du blog plus tard car c’est un concept parallèle à ce qui nous intéresse ici. Mais je l’évoque pour placer ce principe de Terre après le Feu car cela va avoir son importance plus loin.

A partir de cette sorte de chaos où tout est dispersé, dans le Feu, et grâce à ce principe central de la Terre, pour condenser à nouveau il faut commencer par trier ce qui peut ensemble se rassembler. Séparer pour concentrer. A partir de la dispersion, le Yang, la manifestation, la nature, trie et choisie ce qui peut se connecter. Les phénomènes se rassemblent et forment des entités qui pourront alors elles-mêmes se rapprocher d’autres entités compatibles et ainsi de suite, dans un mouvement qui s’ordonne à nouveau et se concentre.

Dans ce système symbolique, c’est l’élément Métal qui incarne le mieux cette faculté à trier, à séparer et en même temps à ordonner et à fusionner. Le Métal est un élément qui tranche et qui est dense et lourd. Il représente la place que toute chose a dans ce monde, il sépare pour trier et finalement rassemble ce qui peut être rassemblé.

C’est le mouvement du Yin, le Jeune Yin ou l’Ancien Yang et sa dynamique est descendante, vers le Grand Yin.

Ainsi nous avons sur la base du Taiji le placement des 5 éléments chinois avec la Terre au milieu.

Eau, Bois, Feu, Terre et Métal sont les 5 mouvements du Qi. Ces 5 éléments sont le cœur de la métaphysique chinoise, ils sont présents dans tous ses arts et en premier lieu ils président à la logique inhérente à la médecine et à l’acupuncture. Ils sont aussi au cœur de la pratique du BaZi.

Si nous plaçons les 5 éléments sur le Taiji voici, ci-dessus, la représentation que nous obtenons.

L’Eau est en bas, c’est la direction du nord, elle correspond à l’hiver.

Le Bois, à gauche représente le printemps et la direction de l’est.

Le Feu, en haut, est la direction du sud et la saison de l’été.

La Terre, elle, est centrale, elle n’est pas associée à une direction ou une saison particulière, elle maintient le tout.

Le Métal se place à droite, à l’ouest et représente la saison de l’automne.

On peut noter tout de suite que dans cette représentation les directions géographiques sont inversées par rapport aux nôtres : le sud est en haut, le nord en bas.

Avant que la représentation du Taiji apparaisse, il y a environ 2 500 ans, il existait le symbolisme plus naturaliste que voici ci-dessous et qui représente exactement les mêmes principes.

On retrouve le cercle qui contient le tout et qui représente cette logique circulaire et cyclique.

Le triangle représente l’élément Terre, l’axe du monde, c’est une montagne. En Bas c’est le Grand Yin avec l’élément Eau et cela représente le nord. A partir du Yin nait le Yang, c’est le soleil qui se lève à l’est et monte en éclairant de plus en plus l’adret de la montagne. Ce faisant il favorise l’apparition de la végétation. Cette végétation c’est l’élément Bois, symbolisé par les 3 traits verticaux, c’est le Jeune Yang. Ensuite le soleil arrive au-dessus du sommet de la montagne, il est à son zénith, c’est le Grand Yang, l’élément Feu, le milieu de la journée et la direction du sud. Puis il commence à décroitre, passe de l’autre côté de la montagne. La température baisse, la lumière est moins forte et les ombres s’étirent. Sur l’ubac de la montagne la végétation est beaucoup moins dense et ceci est propice à la découverte de gisements de l’élément Métal symbolisés par les 4 traits obliques. C’est l’après-midi, puis le début de soirée et c’est la direction de l’ouest, le Jeune Yin. Enfin le soleil se couche et fait place à la nuit, le Grand Yin, l’Eau, le nord à nouveau.

C’est une représentation qui a au moins 3 000 ans et qui présente les mêmes principes que le symbole du Taiji plus connu.

Les 5 éléments forment un système de représentation de notre monde manifeste d’une richesse et d’une profondeur incroyables. Leur symbolique ne semble pas avoir de limite. Voici des descriptions succinctes des 5 éléments. Je ne pense pas qu’il soit possible d’être exhaustif, mais cela donne déjà une bonne vision des choses.

l’Eau

L’Eau

Le terme chinois est Shui.

L’Eau est le principe du Yin comme nous l’avons vu précédemment, c’est le Grand Yin.

L’attribut principal de l’Eau est l’immobilité, mais son activité est liée à cette immobilité, c’est l’imprégnation, la faculté à englober, à s’adapter, à équilibrer.

L’Eau fait référence à la sagesse, à la concentration ou encore à l’introspection.

Saison : Hiver

Direction : Nord

Couleur : Bleu foncé ou Noir

Mouvement : vers le bas

Émotion / Sentiment : la peur

Temps : froid

Saveur : salée

Organes : Reins, Vessie

Visage : Oreilles

Note : LA

Le Bois

Le Bois

Le terme chinois est Mu.

Le Bois est la croissance du Yang, le Jeune Yang.

Son attribut principal est la vitalité, ce qui lui donne comme faculté première la mobilité, la vivacité, la croissance.

Le Bois fait référence à la bienveillance, à la compassion et à la gratitude.

Saison : Printemps

Direction : Est

Couleur : Vert

Mouvement : vers l’intérieur

Émotion / Sentiment : la colère

Temps : venteux

Saveur : aigre

Organes : Foie, Vésicule biliaire

Visage : Yeux Note : MI

Le Feu

Le Feu

Le terme chinois est Huo.

Le Feu est le principe du Yang, le Grand Yang.

Son attribut principal est la passion, ce qui le rend destructeur dans le sens alchimique de transformation et de renaissance.

Le Feu fait référence aux valeurs, à la grâce et à l’élégance.

Saison : Été

Direction : Sud

Couleur : Rouge

Mouvement : vers le haut

Émotion / Sentiment : la joie

Temps : chaud

Saveur : amer

Organes : Cœur, Intestin grêle

Visage : Langue

Note : SOL

La Terre

La Terre

Le terme chinois est Tu

La Terre est la base, le socle, le support du tout.

Son attribut principal est la fécondité, elle donne naissance et manifestation à tout, elle représente par là même la solidification, la rééfication.

La Terre fait référence à la stabilité, à la confiance mais aussi à la réflexion et au doute.

Saison : aucune particulière mais la fin de chaque saison ou encore ce qu’on appelle les inter saisons

Direction : Centre

Couleur : Jaune

Mouvement : central

Émotion / Sentiment : le doute

Temps : humide

Saveur : sucrée

Organes : Rate/Pancréas, Estomac

Visage : Bouche

Note : DO

Le Métal

Le Métal

Le terme chinois est Jin (qui signifie littéralement “or”)

Le Métal est le Jeune Yin, la croissance du Yin.

Son attribut principal est la rigidité, ce qui lui donne la faculté de séparation, de tri, et la qualité de discernement.

Le Métal fait référence au pouvoir de décision et de jugement, la capacité à faire la part des choses et à trouver sa place dans le monde.

Saison : Automne

Direction : Ouest

Couleur : Blanc ou Gris clair

Mouvement : vers l’extérieur

Émotion / Sentiment : la tristesse

Temps : sec

Saveur : piquante

Organes : Poumons, Gros intestin

Visages : Nez Note : RE

Il faut garder l’esprit ouvert et créatif. Avec la pratique de cette vision du monde et de sa manifestation, vous découvrirez par vous-même d’autres correspondances, un symbolisme qui vous sera propre et qui demeurera en accord avec les bases exposées ici. N’oubliez surtout pas que les 5 éléments sont avant tout 5 mouvements.

Le cycle d’engendrement

Lorsque nous avons observé le Taiji et le cycle du Yin et du Yang nous avons vu que celui-ci observait un sens précis. Le Grand Yin, l’Eau, est suivi par le Bois, le Jeune Yang qui lui-même fait place au Grand Yang, le Feu qui lui-même se connecte à la Terre. Puis l’énergie primordiale du Qi prend la forme du Métal, le Jeune Yin qui rejoint l’Eau et le cycle reprend. La Terre, dans ce système est centrale, elle représente la base, l’axe autour duquel le Qi circule.

Quand nous observons les 5 mouvements, indépendamment de la représentation du Tachi, nous plaçons logiquement la Terre après le Feu, avant le Métal. Lorsqu’on approche les 5 éléments en tant que mouvements indépendants du Yin et du Yang, la Terre participe au cycle d’engendrement au même titre que les autres.

Ainsi, si vous partons de l’Eau nous trouvons le cycle de création suivant :

Eau, Bois, Feu, Terre, Métal.

C’est le premier cycle que nous abordons dans l’étude des 5 mouvements.

Cycle d’engendremet

L’Eau crée le Bois. Même si l’on sait que l’Eau n’est pas la seule condition pour qu’une plante pousse, l’image parait tout de même évidente. Nous arrosons les végétaux pour qu’ils croient. Ainsi l’élément Eau donne naissance à celui du Bois. Le mouvement Eau engendre le mouvement Bois.

Le Bois engendre le Feu. Là aussi l’image symbolique est évidente, quoi de mieux qu’un feu de bois, une buche dans la cheminée. Ainsi le mouvement Bois crée le mouvement Feu.

Du Feu, nait la Terre. Ici ce sont les cendres qui restent après le passage du Feu qui symbolisent le principe de la Terre. Les cendres sont un excellent fertilisant, elles représentent ce qui n’a pas brulé, ce qui demeure, c’est l’essence de la Terre. Le mouvement et l’action du Feu donne naissance au mouvement Terre.

La Terre crée le Métal. C’est à l’intérieur de la Terre que l’on trouve les gisements de minerai. C’est le principe de solidification de la Terre qui permet l’apparition du Métal. Ici aussi l’image parle d’elle-même. Le mouvement Terre donne naissance à celui du Métal.

Le Métal crée l’Eau. Dans ce cas l’image est un peu moins évidente. Celle qui est utilisée le plus fréquemment est celle des gouttelettes d’Eau qui se forment par condensation sur la surface du Métal poli. Il y a aussi l’image du Métal en fusion qui devient liquide. Ainsi le mouvement Métal engendre le mouvement Eau et le cycle se répète.

Le cycle d’engendrement représente une autre manière d’aborder l’énergie primordiale, à travers ses 5 mouvements que l’on pourrait aussi appeler ses 5 phases. Chacune des phases engendrant la suivante. Ainsi on dit que l’Eau est la mère du Bois, que le Bois est la mère du Feu, que le Feu est la mère de la Terre et ainsi de suite.

Le cycle de création des 5 éléments est un des outils principaux du BaZi. Il participe grandement à tous les arts de la métaphysique et de la médecine chinoise mais je crois que c’est avec le BaZi que nous entrons profondément dans le cœur des 5 mouvements. Le BaZi traite essentiellement sinon totalement des 5 mouvements.

Retenez donc bien ce cycle d’engendrement. Eau, Bois, Feu, Terre, Métal.

Le cycle de contrôle

Il existe un second cycle entre les 5 éléments qui apparait finalement assez naturellement. Un élément n’interagit pas seulement avec l’élément qui l’engendre et avec celui qu’il crée. Chaque élément est en relation avec les 4 autres. Ce second cycle est ce qu’on pourrait nommer une relation de grand parent. Si on prend l’exemple de l’Eau, cet élément est la mère du Bois et le Bois est la mère du Feu. L’Eau est donc la grand-mère du Feu. Le Feu est la mère de la Terre, la Terre est la mère du Métal donc le Feu est la grand-mère du Métal. Ainsi tous les éléments interagissent entre eux.

Cycle d’engendrement et de contrôle (rouge)

Cette relation de grand parent est une relation où la grand-mère contrôle le petit fils.

Le cycle de contrôle est encore une fois la preuve du pragmatisme des anciens chinois et du fait que leur sagesse et leur philosophie sont directement issues de l’observation de la nature et de ses phénomènes.

L’Eau crée le Bois et le Bois crée le Feu, certes, mais l’Eau contrôle le Feu. C’est par l’intermédiaire de l’Eau que l’on pourra pondérer le Feu, le garder sous contrôle et éviter qu’il ne se propage et consume tout.

On voit souvent que cette relation est intitulée cycle de destruction, mais cela ne parait pas juste. Toute cette représentation de l’univers tangible et intangible par les 5 éléments a comme objectif de trouver l’équilibre et l’harmonie. La destruction, l’anéantissement est une erreur, un défaut, un déséquilibre. Il est vrai qu’un sceau d’eau jeté sur le petit feu d’une bougie fera disparaitre ce dernier, mais il est question ici d’un rapport de force entre l’Eau et le Feu en total déséquilibre. La nature du cycle de contrôle est avant tout celle de la pondération. L’Eau pondère le Feu et lui permet d’exercer son pouvoir sans s’autodétruire.

Le cycle de contrôle est ainsi souvent appelé le cycle de pondération.

L’Eau contrôle le Feu donc, et le Bois contrôle la Terre. On plante des arbres et des haies pour solidifier et tenir le sol, pour éviter les glissements de terrains. Le Bois ne détruit aucunement la Terre, il la maintient, l’empêche de se développer de manière anarchique et il l’enrichit.

La Terre contrôle son petit-fils l’Eau. L’élément Terre est le seul à pouvoir contenir l’Eau, elle lui permet de se canaliser, elle réduit son débit et l’enrichit aussi.

Le Feu contrôle le Métal en le forgeant, en le faisant passer de l’état de minerai à un état utile et beau.

Le Métal contrôle le Bois en le taillant. On élague les arbres avec des outils en Métal pour leur santé, on magnifie le Bois grâce au Métal en créant des objets et des meubles utiles et beaux.

On pourrait aussi appeler ces relations le cycle d’enrichissement.

Avec les deux cycles nous pouvons observer toutes les interactions entre les 5 mouvements. Chaque élément a un élément qui le crée, il crée lui-même un autre élément, il en contrôle un troisième et est pondéré par l’élément qui le contrôle.

Pour conclure

Toutes ses notions de Qi, de Taiji, de Yin et de Yang et des Wu Xing n’appartiennent pas uniquement à l’art de l’astrologie chinoise BaZi. Comme je le mentionnais au début de cet article, elles sont les fondements de la métaphysique de la chine ancestrale. Cependant, sans une compréhension à la fois profonde et directe de ces notions nous ne pouvons véritablement apprécier le BaZi ni le pratiquer.

J’ai essayé de les expliquer simplement, telles que je les comprends et telles que je les pratique. Bien entendu cette approche n’est pas la plus savante et la plus orthodoxe et bien entendu je suis conscient que bien des choses pourraient être approfondies et qu’elles sont pour certains spécialistes bien trop imprécises. Mais je pense que cela suffit pour pratiquer et s’impliquer dans ces concepts qui ne font pas partie de notre culture de base mais qui me paraissent pourtant réellement universels.

Merci d’avoir été attentif jusqu’ici, j’espère vous avoir aidé un peu à comprendre ces paradigmes particuliers qui sont d’une richesse stupéfiante à bien des égards.

D’autres articles vont suivre car il y a bien d’autres choses à dire.

Les 5 mouvements du Qi, Eau, Bois, Feu, Terre et Métal se polarisent aussi. Ainsi nous aurons l’occasion de parler du Bois Yang et du Bois Yin, de l’Eau Yang et de l’Eau Yin, et ainsi de suite. On verra ça notamment en abordant les Troncs Célestes.

A bientôt !

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